IL BALLO

La société du luth
Pascale Boquet

Création du programme Folias

Folias echa para mi Sehora : Œuvres de Falconieri, Frescobaldi, Buonamente, D'India et Merula.
Karine Serafin (soprano), Isabelle Dumont (viole de gambe et lirone), Vincent Maurice (luth et théorbe), Leonardo Loredo (luth, guitare renaissance et direction).

Les premières notes de luth de ce concert ont pu faire penser à une fantaisie ou à une Toccata de Frescobaldi, mais très vite elles se sont enchaînées à une ritournelle instrumentale à deux dessus (les deux luths) et basse (le lirone – toujours magique ...). Cette instrumentation ori¬ginale sera souvent reprise dans le concert, avec viole ou lirone, mais souvent avec les deux luths joués mélodi¬quement, le tout servi par le très beau son et la belle homogénéité des deux luthistes. Des Folias, on est passé tout naturellement à Si l'aura Spira, quasiment sur la même basse, et l'on a pu découvrir dès lors la voix aisée, chaleureuse et généreuse de Karine Serafin. À la faveur d'un « pont » de luth ou de théorbe, les pièces s'enchaî¬naient de façon très fluide, et après un Aria sopra Ruggieri à la basse si modale, on a pu apprécier la suave expressivité de la viole jouant la partie mélodique de la bien nommée Suave melodia ... Retour aux basses obs¬tinées avec un Ballo del Gran Duca, une Bergamasca et la fameuse Ciaccona, où luths et voix rivalisaient de diminutions brillantes, et avec Su la Cetra amorosa en tutti, aux modulations et aux rythmes étonnants ... En bis, une surprise : un sage Passemezzo s'enchaînant à un Addio séfarade : grand succès pour ce dernier concert des Journées du Luth ! 

La Société du luth
Pascale Boquet

Amours à Carnavalet

Chansons françaises sur les poèmes des Amours de Ronsard
Concert de l'ensemble Il Ballo, le 6 mai 2007 au Musée Carnavalet. Avec L.Siquiera : soprano, J.Michaux : ténor, N.Sansarlat : rebec, violon, lira, I.Dumont: viole de gambe, Leonardo Loredo: luth et guitare renaissance.
Beaucoup de monde au Salon Bouvier du Musée Carnavalet en ce jour d'élections présidentielles ... Les citoyens sont aussi poètes ... et se sont bien mobilisés pour entendre Ronsard mis en musique par Janequin. Certon, Goudimel, Lassus, Costeley. Boni. ou De Bertrand ...

La formation vocale choisie : soprano et ténor, fait ressortir très clairement les textes de Ronsard, mais aussi le contre¬point typique du 16e, avec ces deux parties bien mélodiques et souvent en canon. Les voix sont naturelles et agréables, le ténor bien timbré (également dans la voix parlée), la soprano expressive et souriante ..., elle nous ravit de ses aigus faciles dans la chanson Rossignol mon mignon de Boni, agré¬mentée de belles diminutions de luth. Celui-ci accompagne souvent les poèmes récités, et c'est là, sans conteste, l'un de ses plus beaux rôles depuis tou¬jours. Entre les chansons, on est diverti par quelques danses d'Attaignant, Gervaise, Morlaye, ou Praetorius, jouées aux trois instruments ; Nicolas Sansarlat joue comme un vrai Maître à danser, par cœur, bien rythmique, idem pour la viole et la guitare, si bien que l'on cherche ... en vain, où peut bien se cacher le percus¬sionniste ! Dans les polyphonies vocales, on est un peu surpris par le tim¬bre du rebec, un peu aigre à côté de la viole et du luth pour ces musique raffinées ... Mais comment avoir une idée de l'esthétique sonore du 16e siècle ? En tout cas, on se régale toujours de la parfaite adéquation entre poésie et musique ... (les magnifiques Qui vouldra voir, La nuit froide et sombre ou Las je nie plains). Le concert s'achève avec le très à propos Comment au départir, avec la très bienvenue Lira da braccio, instrument des poètes ..

L'éclaireur

Il Ballo: emballant!

Ensemble « Il Ballo » emballant ! Un feu d'artifice baroque de très haute volée !

Les fidèles des Jardins d'agrément, de plus en plus nombreux et fervents, sont à la fête en ce début de printemps par ailleurs peu fleuri.
Le bouquet musical proposé par l'ensemble «Il Ballo» di¬manche 26 mars en l'église St-Martin d'Amilly a constitué un feu d'artifice baroque de très haute volée qui a plongé l'assis¬tance dans une sacrée euphorie.
L'idée d'interpréter le «Magni¬ficat Alla Serenissima» de Mon¬teverdi en pièces détachées pré¬sentait pourtant le risque de la dispersion et de l'éclatement comme récemment le mélange détonnant Charpentier-Mozart en cette même église.
Chef-d’œuvre absolu de la musique sacrée, le «Vespro del¬la Beata Vergine» ne se laisse pas démonter facilement, surtout dans l'apothéose de son sublimissime et sérénissime Magnificat à six ou sept voix.
En mêlant audacieusement voix et instruments et en inter¬calant des pièces isolées - de contemporains de Monteverdi, dont la très belle «Passacaglia» de Falconieri, Leonardo Loredo ne risquait-il pas de briser l'unité de l'ensemble ?
Au contraire, les onze solistes et instrumentistes de l'équipe «Il Ballo», parfaitement homogène, ont exalté par l'harmonie des contrastes la prodigieuse vitalité d'une musique sacrée sacré¬ment tonique qui provoque plus volontiers l'enthousiasme que la mélancolie, sans nuire pour au¬tant au recueillement.
Quand les deux sopranos lut¬taient avec les sacqueboutes et le cornet à bouquin, on aurait dit que les murs de St-Martin al¬laient se fissurer !
On sort d'un tel concert drôle¬ment requinqué après avoir cru pendant une heure à l'existence d'un Dieu bienveillant.
Seul reproche aux Jardins d'agrément : avec «Il Ballo» le di¬manche précédent et Jordi Savall le samedi suivant, sans compter ce qui a précédé et ce qui suivra, on frise l'overdose ba¬roque. Mais qui s'en plaindrait ?

 

La Société du luth
Pascale Boquet

Musique Renaissance du Portugal

Que me faz morrer, damor e desejo ...
Musique portugaise à l'époque de la découverte du Brésil.
Ensemble Il Ballo
Luanda Siqueira, soprano ; Isabelle Dumont, dessus et basse de viole; Mathilde Vieillard-Baron, ténor de viole, Jean-Noël Catrice, flûtes à bec & dulciane alto; Bertrand Blondet, flûtes à bec et cornet à bouquin; Luc Rosier, per¬cussion et sacqueboute; Miguel Henry et Leonardo Loredo, luth et guitare renais¬sance.

Une église du 16e siècle à trois minutes des tours de La Défense, on y croit à peine ... Pourtant, elle existe, c'est la «Vieille église» de Puteaux, et c'est dans ce cadre que se déroula le 25 novembre dernier le concert de l'ensemble Il Ballo, organisé par et pour la municipalité de Puteaux (92).
Ce concert fut consacré au répertoire portugais du 1 6e siècle provenant essentiellement de deux recueils : Le Cancioneiro d'Elvas et Cancioneiro da Biblioteca National de Lisboa. Les thèmes récurrents y sont, comme souvent, l'amour courtois, les retrouvailles impossibles ou encore de véritables contes de princesses disparues ou de rois guerriers (Sebastião de Portugal).
Une fois le public et les musiciens installés. on entend loin derrière. quelque part sous la tribune de l'orgue, une voix magique. venue d'ailleurs. accompagnée à la guitare. puis le son se rapproche et Luanda et Léo apparaissent. chantant, jouant et marchant le long de la nef jusqu'à rejoindre leurs compagnons sur scène. Là, tous reprennent vocalement et instrumentalement le deuxième couplet de la chanson anonyme Que he o que vejo. Magnifique début où le timbre chaud et grave de la chanteuse ne peut que procurer frisson et émotion à l'assistance. Cette impression ne fera d'ailleurs que se confirmer au cours du concert : Luanda sait captiver son public par sa sincérité, ses regards, le magnifique tim¬bre cuivré de sa voix et sa tessiture large et facile.
Le programme, majoritairement portu¬gais, contenait néanmoins quelques pièces espagnoles, et se composait au final d'une belle alternance de complaintes, romances, villancicos, danses sur basses obstinées et diminutions. On retiendra particulièrement Senhora del mondo qui semble sortir tout droit des Cantigas de Santa Maria (de par l'instrumentation basée sur un bourdon de viole), Dos estrellas le siguen et Não tragais bozer¬guis pretos, réminiscences comme sou¬vent de la célèbre Folia, le Vos senhora à la rythmique bien ibérique, soulignée par un tambourin inventif, et enfin le bis final, clin d'oeil brésilien en tonne de Samba, d'abord mélancolique puis endiablée, avec un luth bien rythmique, une guitare en diminutions aiguës, une viole en pizzicato, une sacqueboute en glissando, une doulciane en impro sau¬vage, une percussion variée et une voix d'un swing, brésilien forcément très naturel
Pour ce concert, Il Ballo a choisi une instrumentation par paires : 2 violes, 2 luths, 2 flûtes, parfois un trio sacque-boute - doulciane - cornet, avec le chant bien sûr. Les luths et guitares avaient la part belle et leur position centrale reflé¬tait bien leur rôle (central aussi) à l'épo¬que. On apprécia tout spécialement aux cordes pincées le bicinium Mis ojos tristes lhorando, finement ciselé et plein d'ornements, l'inventivité des diminutions et la rythmique parfaitement syn¬chronisée des guitares. On retrouva dans ce concert le jeu vivant et enlevé d'Isabelle à la viole, mais aussi le timbre bien particulier de celle de Mathilde, proche du jeu d'anches d'un orgue renaissance ... Côté vents, le trio de hauts instruments joua la finesse et les nuances. même dans la Danza Alta, et Jean-Nôel nous ravit une fois de plus par sa flûte véloce, follement imaginative et parfaitement à l'aise dans tous les styles. Enfin, évoquons de nouveau la voix de Luanda qui, elle aussi, se fait agile, légère, bien articulée pour les diminu¬tions rapides tout en nous bouleversant de ses tendres inflexions et de ses sou¬pirs ... « El lusitano, el lusitano ... » se lamente-t-elle dans Puestos estan frente a trente...
Voilà donc un concert à la fois pleine¬ment ressenti par les interprètes mais bien vivant pour le public, bref, un bon équilibre où tout le monde se sent comblé et heureux !

 

La Société du luth
Pascale Boquet

Musique Renaissance du Portugal

Que me faz morrer, damor e desejo ...
Musique portugaise à l'époque de la découverte du Brésil.
Ensemble Il Ballo
Luanda Siqueira, soprano ; Isabelle Dumont, dessus et basse de viole; Mathilde Vieillard-Baron, ténor de viole, Jean-Noël Catrice, flûtes à bec & dulciane alto; Bertrand Blondet, flûtes à bec et cornet à bouquin; Luc Rosier, per¬cussion et sacqueboute; Miguel Henry et Leonardo Loredo, luth et guitare renais¬sance.

Une église du 16e siècle à trois minutes des tours de La Défense, on y croit à peine ... Pourtant, elle existe, c'est la «Vieille église» de Puteaux, et c'est dans ce cadre que se déroula le 25 novembre dernier le concert de l'ensemble Il Ballo, organisé par et pour la municipalité de Puteaux (92).
Ce concert fut consacré au répertoire portugais du 1 6e siècle provenant essentiellement de deux recueils : Le Cancioneiro d'Elvas et Cancioneiro da Biblioteca National de Lisboa. Les thèmes récurrents y sont, comme souvent, l'amour courtois, les retrouvailles impossibles ou encore de véritables contes de princesses disparues ou de rois guerriers (Sebastião de Portugal).
Une fois le public et les musiciens installés. on entend loin derrière. quelque part sous la tribune de l'orgue, une voix magique. venue d'ailleurs. accompagnée à la guitare. puis le son se rapproche et Luanda et Léo apparaissent. chantant, jouant et marchant le long de la nef jusqu'à rejoindre leurs compagnons sur scène. Là, tous reprennent vocalement et instrumentalement le deuxième couplet de la chanson anonyme Que he o que vejo. Magnifique début où le timbre chaud et grave de la chanteuse ne peut que procurer frisson et émotion à l'assistance. Cette impression ne fera d'ailleurs que se confirmer au cours du concert : Luanda sait captiver son public par sa sincérité, ses regards, le magnifique tim¬bre cuivré de sa voix et sa tessiture large et facile.
Le programme, majoritairement portu¬gais, contenait néanmoins quelques pièces espagnoles, et se composait au final d'une belle alternance de complaintes, romances, villancicos, danses sur basses obstinées et diminutions. On retiendra particulièrement Senhora del mondo qui semble sortir tout droit des Cantigas de Santa Maria (de par l'instrumentation basée sur un bourdon de viole), Dos estrellas le siguen et Não tragais bozer¬guis pretos, réminiscences comme sou¬vent de la célèbre Folia, le Vos senhora à la rythmique bien ibérique, soulignée par un tambourin inventif, et enfin le bis final, clin d'oeil brésilien en tonne de Samba, d'abord mélancolique puis endiablée, avec un luth bien rythmique, une guitare en diminutions aiguës, une viole en pizzicato, une sacqueboute en glissando, une doulciane en impro sau¬vage, une percussion variée et une voix d'un swing, brésilien forcément très naturel
Pour ce concert, Il Ballo a choisi une instrumentation par paires : 2 violes, 2 luths, 2 flûtes, parfois un trio sacque-boute - doulciane - cornet, avec le chant bien sûr. Les luths et guitares avaient la part belle et leur position centrale reflé¬tait bien leur rôle (central aussi) à l'épo¬que. On apprécia tout spécialement aux cordes pincées le bicinium Mis ojos tristes lhorando, finement ciselé et plein d'ornements, l'inventivité des diminutions et la rythmique parfaitement syn¬chronisée des guitares. On retrouva dans ce concert le jeu vivant et enlevé d'Isabelle à la viole, mais aussi le timbre bien particulier de celle de Mathilde, proche du jeu d'anches d'un orgue renaissance ... Côté vents, le trio de hauts instruments joua la finesse et les nuances. même dans la Danza Alta, et Jean-Nôel nous ravit une fois de plus par sa flûte véloce, follement imaginative et parfaitement à l'aise dans tous les styles. Enfin, évoquons de nouveau la voix de Luanda qui, elle aussi, se fait agile, légère, bien articulée pour les diminu¬tions rapides tout en nous bouleversant de ses tendres inflexions et de ses sou¬pirs ... « El lusitano, el lusitano ... » se lamente-t-elle dans Puestos estan frente a trente...
Voilà donc un concert à la fois pleine¬ment ressenti par les interprètes mais bien vivant pour le public, bref, un bon équilibre où tout le monde se sent comblé et heureux !