- MUSIQUE ANCIENNE
- A 2 Violes esgales
- Il Ballo
- Il Festino
- Lunaisiens
- RosaSolis
- MUSIQUE DE CHAMBRE
- Ô-Celli
- Quatuor Alfama
- Trio Talweg
- VIOLON
- Elsa Grether
- CLAVECIN-ORGUE
- Jean-Luc Ho
- MUSIQUE DU MONDE
- La Roza Enflorese
- JEUNE PUBLIC
- Poucette

Monique Zanetti, soprano
Jonathan Dunford, basse de viole
Sylvia Abramowicz, basse et dessus de viole
Claire Antonini, luth baroque
Thomas Dunford, archiluth et théorbe
Paul Willenbrock, basse
Bertrand de Bacilly ou l’Art d’orner les beaux chants
C’est une première mondiale. Un manuscrit, récemment découvert dans une collection privée, contenait cent soixante et un airs à 1, 2 et 3 parties, dont près de quatre-vingts inédits, sous réserve de découvertes ultérieures. Plus de la moitié des airs du manuscrit sont attribuables à Bertrand de Bacilly (1621-1690).
L’ensemble « A deux violes égales », (basse de viole, basse et dessus de viole, luth baroque, archiluth, théorbe, avec les belles voix de soprano de Monique Zanetti et de basse de Paul Willenbrock), nous en interprète onze, chansons d’amour, badineries champêtres, églogues, idylles bergères comme on les adorait à l’époque. Elles sont entrecoupées de courante et de chaconne de Nicolas Hotman (vers 1610-1663), de prélude, d’allemande, de courante, de sarabande et de gigue de François Dufaut (avant 1604-1672), de fantaisie de violes de Louis Couperin (vers 1626-1661), et de chaconne la Rougeville du sieur de Sainte-Colombe (vers 1640-vers1700). Cela donne un CD ravissant qui plonge l’auditeur dans une façon de chanter, à la française, bien particulière et dans l’esprit qui baignait les cercles mondains du grand siècle. Outre l’intérêt que tout mélomane y trouvera, tout historien ou tout spécialiste littéraire de cette époque devrait y chercher son miel.
Bacilly / Bach: les 2 B de la semaine
Personne ne connaissait le bonhomme. Normal, le pauvre vieux a eu la mauvaise idée d’être un contemporain de Lully qui, sous Louis XIV, avait tiré toute la couverture à lui, y compris celle du souvenir que la musique française du XVIIe siècle laisserait aux générations futures !
On doit à la soprano Monique Zanetti et à l’ensemble A Deux Violes Esgales de nous faire découvrir ce parangon du beau chant ! Fermez les yeux, ça y est, vous êtes dans un salon mondain, raffiné, précieux, galant. Sortez petits oiseaux sortez de ce bocage, J’ai mille fois pensé dans ma douce langueur, Je brûle jour et nuit pour la plus volage… sont autant de titres qui figurent sur ce tout joli disque. On y entend la pureté de la ligne vocale de la chanteuse, l’extrême finesse de l’ornementation, qui quand elle est bien faite, ouvre à la mélodie l’expression plus profonde des sentiments et des affects. L’ornementation, c’est un peu comme la haute-couture : il y a la base, la crinoline, et puis viennent se disposer sur l’habit des fanfreluches, des colifichets, des pompons, des broderies… En musique, c’est la même chose ! Entre deux notes écrites, le chanteur avait selon des codes très précis, la possibilité d’en ajouter une infinité d’autre, très rapides, qui permettaient de colorer le chant (ce qu’on appelle la « diminution »). Il pouvait aussi retarder légèrement l’arrivée sur la note finale en s’appuyant sur celle qui précède, dissonante, pour que l’équilibre ressenti à la fin soit encore meilleur (l’art de « l’appoggiature »). C’est un peu comme la route des vacances, pour aller d’un endroit à un autre, on peut prendre l’autoroute ou préférer les « agréments » des routes vicinales, sinueuses, ménager des pauses contemplatives… Bref, près de 10 airs de Bertrand de Bacilly sont réunis sur ce disque magnifiquement servi par Monique Zanetti : une voix chatoyante et très droite, avec de beaux ports de voix et un sens inné de la prononciation : pour une fois vous pourrez goûter toute la saveur des textes sans coller le nez au livret !! C’est très beau, ça fait du bien, ça élève l’âme et le cœur, ce qui nous rappelle avec bonheur le raffinement dont les hommes sont parfois capables.
Dans les salons du Grand Siècle Un manuscrit retrouvé, des airs inédits : le bonheur
Bertrand de Bacilly ou l’art d’orner le « beau chant »
Récemment a été découvert un manuscrit français d’airs profanes de la seconde moitié du XVIIe siècle important par son ampleur et son contenu : cent soixante-et-un airs à une, deux ou trois parties des années 1660-1680, tous anonymes mais dont beaucoup (près de la moitié) peuvent être attribués à Bertrand (ou Bénigne) de Bacilly (1621-1690), chanteur et compositeur originaire de Normandie. Outre divers recueils de chansons sérieuses, à danser ou à boire qu’il signa à partir de 1661, Bacilly publia une sorte de traité : Remarques curieuses sur l’art de bien chanter (1668), qui contient notamment les règles d’une bonne prononciation du français. Une partie de sa production s’est perdue. Moins connu de nos jours que son contemporain Michel Lambert, il se fit en son temps un nom dans les cercles lettrés où se pratiquait « l’art de la conversation » et devint un maître de chant réputé. Réalisé à partir du manuscrit en question, le présent CD ne contient que des airs jamais enregistrés, pour la plupart inédits. Il s’agit d’airs avec ornementation notée, une rareté pour les manuscrits de l’époque. Ils sont ici au nombre de douze, dont dix certainement de Bacilly, alternant avec huit pièces instrumentales de Louis Couperin, François Dufaut et autre sieur de Sainte Colombe. L’ensemble ménage un beau panorama de ce qu’on entendait dans les salons de la haute société parisienne du Grand Siècle.
L'art d'orner le beau chant de Bertrand de Bacilly
Enfin ! Enfin un enregistrement d’œuvres de Bertrand de Bacilly tant attendu par les amateurs de musique baroque ! Ce disque est le fruit à la fois du hasard et de labeurs méticuleux. Le manuscrit, contenant 161 airs répartis sur quelques 400 pages, a été découvert dans une collection privée, par le plus grand des hasards. Il s’agit d’airs de cour « double », airs dont la mélodie, après une exposition simple dans la première partie, s’embellit, dans la seconde, d’ornements plus ou moins spectaculaires. On les chantait dans des salons ou des cercles lettrés. La rareté tient au fait que ces ornements sont entièrement écrits, ce qui apporte de précieux témoignages aux musicologues et aux musiciens, car ils peuvent ainsi retracer l’évolution stylistique du genre, qui apparut à la fin du XVIe siècle pour disparaître au XVIIIe. Thomas Leconte, musicologue au Centre de musique baroque de Versailles, qui a effectué un travail minutieux sur ce manuscrit, explique dans le livret à quel point cette « découverte » est rare, avant d’analyser la spécificité du recueil.
Le chant de Monique Zanetti, remarquable par la technique d’ornements et la diction, est rejoint par Paul Willenbrock, peut-être de manière moins évidente dans la prononciation du texte. L’Ensemble Deux violes égales les accompagne avec grâce, dans un équilibre idéal entre voix et cordes. Ces airs sont agrémentés de pièces purement instrumentales, faisant « ainsi revivre, dit Thomas Leconte, toute la variété de ce riche répertoire de l’air français, évoquant par là-même l’univers raffiné de ces cercles lettrés ».
Bertrand de Bacilly ou l’art d’orner le “beau chant”
La musique vocale en langue française du "petit siècle" — pour reprendre une expression d’Olivier Bettens —, quoiqu’assez étudiée, reste peu présente au disque. Fors la série consacrée par le Poème Harmonique principalement aux version polyphoniques d’airs "de cour" (Étienne Moulinié, Alpha 005 ; Pierre Guédron, Alpha 019 ; Antoine Boësset, Alpha 057 ; Charles Tessier, Alpha 100), signalons surtout le beau disque de Claudine Ansermet et Paulo Cherici, "Soupirs meslés d’amour" recueillant des airs de Guédron (Symphonia 96153, 1995), désormais presque introuvable, et plus récemment le récital d’airs de Boësset de Monique Zanetti et Claire Antonini, publié comme premier CD du coffret "200 ans de musique à Versailles". On ne sera dès lors pas étonnés de retrouver ces deux artistes dans ce nouveau disque consacré aux airs inédits de Bertrand de Bacilly.
Bacilly — dont on croyait jusqu’à une période récente qu’il se prénommait Bénigne — est surtout connu pour ses Remarques curieuses sur l’art de bien chanter et pour des Recueils des plus beaux vers qui ont été mis en chant, fut également compositeur de nombreux airs "sérieux", "à boire" ou "à danser", airs augmentés de "doubles", c’est-à-dire d’ornementations de la partie vocale pour les couplets, qu’on trouve en particulier dans un manuscrit qui a servi de base au présent enregistrement. Les airs sont notés généralement pour une voix de dessus avec la basse. La basse peut-être chiffrée ou non, et peut recevoir des paroles ou non.
L’un des partis pris de l’interprétation de l’ensemble À Deux Violes Esgales consiste à faire chanter certains premiers couplets par le dessus accompagné de la basse solide mais point trop volumineuse de Paul Willenbrock, permettant ainsi une certaine variété de formations et donc de timbres d’un air à l’autre. Certains airs sont doublés par le doux dessus de viole de Sylvia Abramowicz. "Que je vous plains, tristes soupirs" est précédé d’un bref prélude de la seule basse de viole, rejointe ensuite par les deux voix, sans luth ni théorbe, avec grand équilibre. De manière générale, l’équilibre entre les parties met chacune en valeur à un moment ou un autre sans jamais léser les autres. Les luth, théorbe, archiluth, mêlent leurs accords agréablement, créant un foisonnement agréable pour l’oreille. Le choix d’airs est varié : à côté d’airs sérieux, certain se font plus dansants. Mais rien d’appuyé ! Ainsi de "Fleurs qui naissez sous les pas de Sylvie" : il ne s’agit pas de danser, mais d’évoquer la danse.
Qu’en est-il donc de la voix ? Monique Zanetti est doté du timbre un peu âpre qu’on lui connaît, mais qui d’un autre côté a aussi certain agrément par sa richesse. Ce n’est pas du citron : c’est de l’orange. Le timbre d’ailleurs varie sensiblement, sachant se faire plus languissant ("Je vivais sans aimer") ou plus dur (sur le mot "cruel" par exemple, dans cet air). Les nuances suivent le propos du texte, l’amplifient, le varient aussi, quand il y a des répétitions — en cela, ses comparses la suivent admirablement.
La maîtrise technique est stupéfiante : la soprano se sort avec les honneurs des terribles cascades de notes des doubles, dans lesquels il faut garder en plus le texte. Une certaine émotion naît même du décalage qui peut se produire à de brefs moments entre le dessus et la basse ; la voix flotte au-dessus de son inéluctable accompagnement, mais aussi, comme il est doux de les entendre se retrouver à certains moments ! Le tout reste infiniment et finement sensible et touchant.
Les pièces instrumentales, enfin, apportent un contrepoint intéressant à ces airs. Heureuse idée, par exemple, que de faire entendre deux pièces de Nicolas Hotman, violiste et luthiste bien connu en son temps, professeur même de Sainte-Colombe.
Certes, tout cela n’est pas parfait : la chaconne "La Rougeville" est un peu lente et l’on s’y perd ; le premier air du disque, "Le printemps est de retour" fait usage, dans l’instrumentation, d’effets un peu faciles — il n’est d'ailleurs pas rare que la première piste d’un disque ne soit pas la plus réussie… L’ensemble manque peut-être un peu de variété — c’est le principal défaut, en fait, de Monique Zanetti : elle varie, mais presque imperceptiblement. Chaque piste est comme une petite pierre précieuse. Si l’on s’en veut orner les oreilles, il ne faut pas en mettre trop : il n’est pas de bon goût de mettre toute la boîte. Or ce disque est de même : il est de bon goût, et il vaut mieux sans doute l’écouter par fragments plutôt que d’affilée. Alors l’auditeur ne sera point lassé, mais au contraire délassé pourra se plonger dans une douce et agréable rêverie.













